mercredi 28 août 2013

Fière d'être grand mère?

En guise de réponse à des lectrices m’affirmant être fière d'être grand mère, moi j'en suis au mieux  heureuse, mais fière d'un truc qui ne dépend pas de moi, pire qui est à l’insu de mon plein gré....


 J'ai toujours eu du mal entre l'être, ce que je suis, et le  "perso IRL" autrement dit, ce que je parais en mode "monde normal" donc, et  moi, tout simplement . Enfant je souffrais d'être considérée comme une sous-nana, espèce bizarre coincée entre les sous- hommes, (enfants) et les animaux domestiques, on les supporte, on tente de les éduquer, mais sans plus, les femmes adultes bénéficiaient d'un statut plus élevé, mais rien en comparaison de celui des vieilles. Les vieillards, en général, mais surtout les vieilles, plus nombreuses, étaient auréolées de sagesse, leurs conseils écoutés et leurs radoteries jamais tournées en dérision.

 Je  trouvais alors  débile que les grand mères soient considérées comme sages car elles étaient plus âgées,  même si elles étaient toujours aussi idiotes voire égoïstes ...



                                   
                                           Suzanne Valadon




Au contraire de la valeur qui  n'attend pas le nombre des années, peut-on affirmer que le nombre des années augmente la valeur?

De la longueur d'une existence peut on affirmer sa valeur? Pour les vieux, c'est tendance, valeur ringarde qu'on essaie actuellement  de vendre, et ce, avec d'autant plus de succès  qu'il y a de plus en plus de vieux  les seniors (c'est mieux que vieux) sont des sages, sages devant transmettre des savoirs.

Cette crainte de perdre des "savoirs" , cette volonté de garder la "mémoire de" m'ont toujours paru être des expressions de la peur de la mort, mort signifiant pour beaucoup,  une disparition, totale de ce que l'on est,  sans même laisser des traces, des souvenirs.

Le podium de la sénilité étant précieusement mis à jour à chaque mort du "doyen de l'humanité", avoir 118 ans vous propulse dans une éphémère gloire, jusqu'au jour de la mort vous renvoyant alors dans l'abysse de l'oubli éternel.

Chez les  vieux, sages,  il y a des grades et des galons côté hommes je ne sais pas trop, mais chez les femmes "mères de famille nombreuse et grand mère " est un incontournable qui pose sa nana ex ménagère de moins de 50 ans à "grand mère" de famille nombreuse.

Jamais je ne me serais imaginée l'avenir en mère de famille "nombreuse" pire, l'idée d'être une mère de famille nombreuse me faisait peur sinon horreur. Je ne souhaitais pas, pas plus qu'à présent être réduite à l'oeuvre majeure de ma vie de femme.Il est vrai que je crève de fierté de mes enfants, il est vrai que j'ai vécu pour eux et hélas aussi, par eux, mais il n'en reste pas moins que ce qui me caractérise est d'abord mon moi avant de mon paraître (mère et grand mère)

Même mon statut d'épouse me peine, je suis depuis toujours fière d'être la compagne de mon homme, mais pas pour des raisons sociales ou statut quelconque. Vivons heureux, vivons cachés, vivons en vérité. Il est difficile de rester soi quand tout le reste de notre entourage veut vous confiner dans un rôle, le titre de mon blog n'est ni si innocent,  ni si malin... Je suis une grand mère indigne dans la mesure où certes je suis grand mère, et avant mère et avant... mais je suis avant tout, moi, dans une continuité où je ne connais les frontières, quand ai je cessé d'être petite fille pour devenir jeune fille avant de devenir vieille femme? Ne suis je pas d'abord, moi, simplement? Avant d'être ce que j'ai fait de ma vie?

Nous devenons grand mères à l'insu de notre plein gré, et auparavant nous sommes mères sans avoir vraiment réfléchi à toutes les implications. Il me semble, mais je me trompe peut être que les hommes sont moins confinés dans ces rôles, le matriarcat en est peut être responsable.

En cette fin de l'été, j'avais envie de poser ces mots, juste avant, peut être, le début de l'automne. L'essentiel de nos vies n'est pas dans l'avoir, ou le paraître, ni bien sur dans le faire et encore moins dans l'image sociale qui vous range dans une étagère, sans que vous puissiez en sortir, il est ailleurs.

L'essentiel de notre vie est dans l'être, ce que nous sommes, intrinsèquement, la vie passe, mais on ne change pas vraiment ou si peu.


7 commentaires:

Clo a dit…

je me sens moi aussi, souvent perplexe face à cette question "vous devez être fière de... d'eux..." Contente pour eux et admirative de leur réussite quelle qu'elle soit, mais ça me semblerait usurpé de tirer une sorte de gloire personnelle sur le dos de mes enfants...
Je suis fière de ce que je réalise moi même et fascinée par le développement autonome et différencié de chacun de mes enfants comme si ils étaient bien plus puissants que "l'éducation"
Alors la fierté... ;-D
Merci de nous poser ce genre de sujet...

catleya a dit…

Je ne partage pas tout à fait votre façon de voir les choses;; On peut se sentir fière du résultat d'une bonne éducation, de choix judicieux lors de l'enfance ou de leur adolescence.Pour ma part , une fois qu'ils ont été tous dans la vie active, mariés et semble-t-il bien dans leur peau, j'ai ressenti un grand soulagement comme si j'avais traversé un champ de mines et un profond sentiment de fierté pour le travail accompli.
Pour les petits enfants, là effectivement je n'y suis pour rien ou si peu , par ricochets.
Merci pour vos papiers toujours intéressants.

francoise a dit…

oui, ici on réfléchit...
pas fière, un peu coupable parfois,
et puis, on continue...

Martine a dit…

En ce jour de la naissance de ma première petite fille, née à 12H01,(j'ai déjà 4 petits fils) je me suis demandée, en la portant dans mes bras ce que je ressentais réellement. Oui, j'étais contente, tout s'était bien passée mais je savais déjà que cette enfant m'échapperait, que je n'en aurais que des petites bribes, que parfois la garder me casserait les pieds, que les caprices arriveraient et que ma patience aurait, en vieillissant de plus en plus de limites. Non, je n'étais pas fière et je me suis sentie vieille d'un coup. Pourtant en la portant dans mes bras, je me suis souvenue qu'il y a si longtemps, c'étaient mes petits à moi que je cajolais ainsi et j'étais contente pour mes enfants, ils étaient heureux.

francoise a dit…

nostalgie quand même...
bonheur tout de même

Brebis Gall a dit…

mais vous me plaisez !

Sylvie L a dit…

J'aime bcp ton post Lady ;))