mardi 17 septembre 2013

Pourtant que la montagne est belle.

 Jamais je n'avais vu autant de monde à des obsèques d'un homme si âgé, si modeste. Jean était maçon, fils d'agriculteur, mais Jean avait une famille très nombreuse et beaucoup d'amis car Jean était un homme de bien.


L'église était remplie, malheureusement le prêtre ne célébrait pas les obsèques mais une dame, dommage pour ce curé qui aurait pu rencontrer bien des gens du pays qui ne mettent pas souvent les pieds dans une église, je ne crois pas qu'il y avait des gens au bar d'en face, pour le Jean tout le monde était là.

Jean ne s'appelait pas Jean, mais Marius, comme son parrain le "tonton bistrot",  toute une page de l'histoire d'une famille à la campagne se tournait, et les témoins racontaient aux plus jeunes qui étaient leurs arrières grands parents. Humour et émotion au travers d'une vie si simple pourtant.


 Je sais que le seul voyage qu'avait fait Jean c'était pour le service à Tarbes, dans la cavalerie, il n'avait jamais vu la mer, il n'avait jamais vu Paris, il connaissait Clermont mais n'y allait que contraint et forcé, homme de la campagne ne voulant pas quitter sa terre.Je ne vous étonnerai pas en vous disant que Jean Ferrat nous a accompagnait pour bénir le cercueil, La Montagne qui parlait si bien de ce qu'il avait vécu, lui étant resté au pays.

Les vieilles gens de la montagne sont durs à la peine et discrets, travaillant très dur et se contentant de ce qu'ils ont, sans regret ni remord et encore moins de jalousie. Cette vie à la montagne est dure, les hivers sont longs et froid, de fait, très long et très froid, cependant, aujourd'hui, les jeunes restent dans ces montagnes,  notre canton "prend" des habitants, année après année,  depuis deux décennies.

Nous sommes allés dans la forêt mon mari et moi en fin d'après midi, histoire de se vider la tête, on a rapporté un petite panier de champignons, cèpes, girolles, hydnes des montagnes et clavaire crépue, marcher dans les bois, écouter les branches qui craquent,  sentir la mousse humide...

Ils quittent un à un le pays
Pour s'en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés
Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets
Du formica et du ciné
Les vieux ça n'était pas original
Quand ils s'essuyaient machinal
D'un revers de manche les lèvres
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau
Et manger la tomme de chèvre

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?

Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu'au sommet de la colline
Qu'importent les jours les années
Ils avaient tous l'âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C'était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire
S'il ne vous tournait pas la tête

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?

Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l'autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
Il n'y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie
Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s'en faire
Que l'heure de la retraite sonne
Il faut savoir ce que l'on aime
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s'imaginer
En voyant un vol d'hirondelles
Que l'automne vient d'arriver ?

Jean Ferrat




9 commentaires:

Martine a dit…

A la montagne, on adore les enterrements: les vieux n'en loupent pas un, c'est l'occasion pour eux de voir les copains, de rompre l'isolement. mais les gens à la campagne ou à la montagne ne sont pas meilleurs qu'ailleurs et ils sont très jaloux les uns des autres. Mais on masque beaucoup ce que l'on pense. Seuls quelques initiés arrivent à décrypter les sentiments de chacun. Surtout ne pas dire, ne pas se plaindre! J'adore les gens de la montagne. Chez moi, ils ne disent ni oui, ni non, il faut louvoyer pour connaître. Je pense qu'on aurait pu passer "les funérailles d'antan" de Brassens mais ça... ça ne se fait pas et pourtant les enterrements à la montagne, c'est un peu ça, c'est presque joyeux, n'est-ce pas ça la vraie vie finalement: mourir et réunir tout le monde autour de soi?

faf a dit…

J'aime cette chanson de Ferrat, comme j'aimais Ferrat et comme j'aime sa montagne, son village est si joli.
Quand à la campagne oui les gens sont jaloux, je l'ai dit mes grands parents ont "immigrés" de Normandie après la guerre, ils se sont beaucoup investis dans la vie locale, créant même le premier club de gymnastique et la fanfare du village mais à tout jamais ils étaient "les transplantés"....
Ce qui n'a pas empêché qu'à leur enterrement l'église ne pouvait pas contenir tout le monde (bon ok ils tenaient le café et l'épicerie du village ça crée des liens lol) et pour moi c'était un bel hommage.
Je suis très attachée à mes racines et savoir que le bar de mes grands parents vient d'être repris (après deux autres "locataire") par un ami de ma classe (né la même année, mon conscrit comme on dit) et neveu d'un des employés de mes grands parents à l'époque, ben ça me remplit de joie et de fierté.

Sylvie L a dit…

Je confirme ... elle est belle la montagne ardéchoise ;)

Ladywaterloo a dit…

Ici, j'ai vraiment le sentiment que J'ai l'impression qu'ici les vieux étaient moins consuméristes, donc pas jaloux, ils estimaient que les vies étaient différentes, simplement. Et surtout, la valeur "fric avait moins d'importance car compensée par d'autres.


Chez les "jeunes "c'est un peu différent.

Brebis Gall a dit…

citer ce vieux juif millionnaire coco est bien mal vent !

Ladywaterloo a dit…

@ Brebis Gall que Ferrat fut juif, je m'en fiche, je suis catho et alors? Qu'il fut coco oui mais poète.

Millionnaire, est ce sûr? je m'en fiche mais je suppose qu'il a gagné beaucoup de fric et en a gaspillé autant. Il vivait dans une maison assez simple les dernières années.

Ferrat est un vrai poète, un de ceux dont on se souviendra de ses chansons, je fredonne souvent "Nuits et brouillard", pour moi, cette chanson explique simplement les horreurs qui ne doivent jamais recommencer.

Brebis Gall a dit…

venU, pardon

Camille a dit…

Blogger Brebis Gall a dit...

"citer ce vieux juif millionnaire coco est bien mal vent !"

Votre commentaire l'est bien plus encore....

1) Qu'avez vous contre les juifs?

2) Qu'avez vous contre les millionnaires?

Vous devez être bien malheureux pour juger ainsi des personnes...

Tout cela bien sur sous couvert d'un anonymat prouvant votre lâcheté, quel courage! quel exemple!

Camille a dit…

@ Brebis Gall:

je te présente mes excuses, j'ai été voir ton blogue....

1) tu ne mérites même pas une réponse, je la retire donc...

2) le vouvoiement été de trop pour un animal de ton espèce...

Bonne journée! (ce qui est une ineptie car au vue de ton profil tu ne dois pas en connaitre beaucoup :-) )