Aujourd'hui, on a retrouvé les corps sans vie, de deux petits garçons dans une
piscine, piscine alibi de meurtre ou lieu réel d’accident, je ne sais pas.
Il y a presque trente ans,
je me vante, Yann a failli mourir noyé dans la piscine du mas de maman, piscine, au pied de la maison qu'elle n'avait voulu entourer car
"c'était moins joli", Yann avait quatre ans, et il a échappé vraiment à la surveillance de mon amie qui en avait la garde, à ce moment là.
Mon amie a récupéré, le plus sage des petit gars du monde, pyjama dégoulinant, ayant péniblement nagé sous l'eau en s'étouffant pour atteindre l'escalier, et dire:
J'ai ouvert la bouche pour crier, il y avait de l'eau alors je l'ai fermé et j'ai marché jusqu’aux escaliers pour sortir de l'eau.
Ce soir là, sa vie a failli s'arrêter, la mienne aussi ainsi que celle de mon amie. Il est sorti, il a réussi à atteindre les escaliers et à remonter.
Suite à cet accident, j'ai voulu offrir à maman, une barrière pour sa piscine, barrière qu'elle refusait de mettre prétextant un manque d'argent, maman a refusé, j'ai insisté, insisté et insisté des mois, maman a toujours refusé. Il lui paraissait que les gosses devaient obéir, et que si on faisait attention rien de ne pouvait arriver, même devant l'évidence de cet accident. Il lui paraissait surtout que sa maison serait bien moins jolie, avec sa piscine au pied, entourée.
Un accident n'est pas toujours évitable, Yann était le gamin le plus sage au monde, intelligent calme et tout, ce soir là, sans la surveillance d' adulte pendant à peine quelques instants, il avait juste voulu récupérer un truc au bord de la piscine, babiole que le vent avait emporté sur l'eau, il avait quatre ans.
Mon amie s'était absentée, son fils, jumeau du mien de quatre ans au bras, pour le soigner d'une écorchure et Camille, turbulent, deux ans, à la main. Yann jouait sagement dans une chambre. Une minute ou deux d'absence, l'idée d'un tout petit d'aller récupérer un jouet au bord de la piscine et le drame. Enfin le drame moins une seconde, j'ai toujours pensé que la Vierge a eu pitié de lui, de moi, de nous. Stupide pensée ou pas.
Je n'ai jamais pardonné à maman qui avait perdu deux fils de refuser que je paie une barrière pour cette piscine. Je lui en ai
toujours voulu, je lui en ai encore bien plus voulu, lorsque quelques années après cet accident, juste après la naissance de l’aîné de mon jeune frère, elle me demanda de payer cette protection alors que je n'allais plus, depuis longtemps chez elle. Choquée, j'ai refusé, la vie de mes enfants avait elle moins de valeur que celles des enfants de mon frère?
Depuis plus de douze ans j'ai des piscines chez moi, les deux piscines construites ont toujours été pensées avec barrières, que ce soit pour la sécurité de mes enfants, ou celle de mes neveux ou des enfants de mes amis, ou" pire" de petits galopins venant se baigner en mon absence...... Les ados squatteurs peuvent y plonger, mais pas des enfants trop petits pour ouvrir barrières et enlever des bâches.
Le lendemain du mariage de Charlotte, j'ai découvert vers onze heures trente, ma piscine découverte, barrière ouverte, Hubert n'avait pas trois ans. Ma colère fut immense, à la mesure de ma fatigue.Le comblement de la piscine fut évoqué au prochain manquement, la vie de nos enfants ne me permet aucune complaisance ni compromis.
Un soir, une piscine.